Ce séjour en Iran s’est avéré différent de celui réalisé en avril avec Béryl où nous avions emprunté la route des plateaux, de la grande Perse et de ses capitales. Sans doute car notre circuit était beaucoup plus touristique et l’ambiance générale était très certainement moins tendue. Mais ce que j’y ai retrouvé, même en ces temps si durs, c’est cet accueil et hospitalité qui nous avaient tant touchés. Il faut croire que les affaires publiques n’atteignent pas les vertues privées. Un iranien n’aurait certainement pas le même accueil en France, même en une période florissante et j’en suis désolée. Les amis, sachez que nous traînons une très mauvaise réputation quant à l’accueil du touriste.
Bref... Nous avions donc avec Béryl déjà pu constater de cette hospitalité si incroyable au travers de très belles rencontres. Et j’ai eu le grand plaisir de retrouver Ali N°1 et Ali N°2 (tous ces jeunes nés avec la révolution islamique s’appellent Ali, du nom du phrophète responsable du schisme entre chiites et sunnites, les iraniens sont chiites et défendent Ali), ainsi que Sarah et Salman.
Retrouvailles donc à Téhéran avec le joyeux Ali de Shiraz qui nous avait hébergé dans sa famille et avec lequel nous avions pu découvrir Persépolis, sous la pluie. Cette fois-ci, voyage aux bords de la Mer Caspienne avec 3 de ses amis, masculins bien entendu (2 Alis et 1 Mustapha, comme diraient certains :3 Alis valent mieux qu’un alibi ! Je vous laisse méditer). Il est en effet impossible pour les jeunes filles de voyager sans leur mari ou leur famille. Il est même interdit de sortir, j’entends se promener à l’exterieur, entre jeunes de sexe opposé. Seule possibilité : sortir entre garçons et pour les filles : rester chez elles. Etant étrangère, ma situation est différente. Issu d’une famille de classe moyenne de Shiraz, ainé de 5 enfants, Ali est ce que l’on pourrait appeler un « rebelle ». Son université retire la mixité, il repasse des concours et change d’université. 15 mois de service militaire obligatoire pour les garçons après leurs études, Ali refuse de servir ce gouvernement, ce qui lui pose encore aujourd’hui beaucoup de problèmes, entre autre une interdiction de sortie de territoire. Mais il rétribue à un personnage obscur de l’administration une grosse somme d’argent qui devrait pouvoir lui permettre d’obtenir l’année prochaine un papier spécifiant qu’il a fait son service. (Avec de l’argent, tout est possible en Iran, même un mariage mixte – hommes et femmes ensemble - après un généreux dons aux policiers locaux. ) Le soir des élections, il a parcouru, sans la moindre hésitation, les 800kms le séparant de Téhéran afin de se joindre aux manifestants (ai rencontré peu de personne ayant manifesté, ils ont eu peur, ont encore peur : la répression, outil toujours aussi efficace pour ces chers dictateurs ). Il est resté plusieurs jours à Téhéran à manifester, a vu des gens se faire tuer (500 pendant l’ensemble des manifestations selon plusieurs sources), a été blessé à l’oeil, battu par les fameux bassijis (sorte de milice née avec la révolution et sur laquelle Ahmadineja appuie son pouvoir). Ali n’est pas seulement un rebelle, c’est un personnage joviale et aimant la vie et l’instant présent, credo que la lecture du poète iranien Khayam lui a confirmé. , –Ah oui, le pouvoir de la lecture en Iran... source de savoir et d’ouverture. Ça fait rêver.. tout un chacun en Iran possède des livres de poésie et est capable de vous réciter par coeur, et avec beaucoup d’émotion, un vers d’Hafez ou de Saadi. Et la fameuse question : et vous en France, quels sont les grands poètes que vous lisez ? m’a mise plusieurs fois dans un certain embarras sachant que la dernière poésie que j’ai lue doit dater du primaire et était très certainement une fable de la Fontaine. La lecture, de manière générale, représente pour les Iraniens, une source unique d’évasion et de connaissances (beaucoup de livres sont interdits,mais tout comme les DVDs, le marché noir fonctionne bien). On m’a cité Albert Camus, Jean Paul Sartre, Jules vernes.. et tant d’autres. Assez honteuse de ma faible connaissance en littérature française. Mais revenons à Ali... Avec Ali, il n’y a jamais de problème, même lorsque des policiers ou des bassijis (ils font peur) nous interpellent. Il rit beaucoup, n’a peur de rien ( très rare en Iran), croit en l’humain, en la vie et en la révolution de velours ! J’ai aimé son positivisme, son rire, son côté sûr de lui, sa sociabilité, son goût du risque... Les femmes en Iran ne peuvent se baigner, pas de problème Anne, on va trouver une solution. Il m’a proposé de m’accompagner pour un bain de nuit avec Ali et Mustapha comme guetteurs. Opération commando préparée toute la journée, quelle plage, quelle heure ? Je crois que je n’ai pas pris conscience du risque encouru (rappelons le, je suis juste allée me baigner), mais je crois que eux l’ont compris et qu’aujourd’hui ils en parlent encore. J’ai fêté mon anniversaire en leur compagnie dans un petit village pittoresque des montagnes. Pas d’alcool(ils ont pourtant tenté d’en trouver), pas de musique, pas de danse – puisque tout cela est interdit, mais des bougies et beaucoup de chaleur...
J’ai ensuite retrouvé Sarah et salman à Ispahan, la belle Ispahan ; Discussions interminables et envolées avec Salman sur la situation actuelle de l’Iran, discussions intimes et profondes avec Sarah sur la situation des femmes en Iran. Et quelle situation, mesdames, ayons conscience de notre chance ! C’est une femme très ouverte et moderne pour l’Iran, mais dire « non » à son mari lui est impossiblle m a t elle avoue. Sarah traduit de l’anglais au farsi des articles divers pour des sites de littérature sur Internet. Salman est tombé sur l’un de ses articles, l’a contactée, croyant qu’elle en était l’auteur. Ils ont échangé plusieurs emails et ont décidé de se rencontrer. Après 4 rencontres, la question du mariage se pose. Sarah habite Shiraz, Salman Ispahan ; seule solution pour se voir sans trop de difficulté : se marier. Ils se marient, les familles et l’argent s’en mêlent (comme toujours en Iran), question de dote, de traditions.. Sarah m’avouera que son mariage fut l’un des plus mauvais souvenirs de sa vie (sa mère lui a demandé de faire un certificat de virginité afin de mieux négocier la dote). Mais ils s’aiment ces 2 là et c’est beau à voir. Ils ne veulent pas d’enfants : donner la vie dans ce pays, non merci. Salman est brillant, s’est construit tout seul, n’a jamais réussi à finir de études... Un passage chez les flics lorsqu’il était jeune (il discutait avec une jeune fille dans un parc) l’a définitivement traumatisé. Vision complètement objective sur son pays (le seul) avec une connaissance précise de l’histoire de son pays, grande culture forgée au travers de lectures, ne croyant pas en dieu (le seul), c’est un personnage unique en Iran que j’ai eu la chance de rencontrer. e Sarah s’est ouverte avec la littérature anglaise lorsqu’elle est entrée à l’université. Je l’admire pour son courage : être une femme en Iran, différente des autres ; se préoccupant plus de sa liberté que de son physique ou de sa prochaine opération du nez (très à la mode en Iran et a priori pas cher si ça intéresse certains d’entre vous). Trouver sa place dans son couple, dans la société, Sarah est un peu perdue. Elle est prof d’anglais dans un institut pour jeunes filles, j’ai assisté à une matinée de cours et elle n’a pas hésité à utiliser mon exemple de femme « libre » auprès de ses jeunes élèves en leur rappelant que la femme iranienne est beaucoup trop dépendante de son mari, que n’avoir comme seul souhait d’épouser un homme riche reste très limitatif et donc qu’elles doivent avoir d’autres aspirations. Beau discours, je ne sais pas ce qu’elles en ont compris, mais elles ont écouté et surtout m’ont demandé des autographes à la fin du cours :-)
Après avoir semé un vent de liberté, j’ai quitté l’Iran, chargée de cadeaux, de souvenirs et d’émotions. Ce peuple est incroyable, il mérite sa liberté ! j’y retournerai, c’est sûr et je l’espère dans un Iran libre !














































