Route non touristique, voyage d’un autre genre... Mes 3 semaines en Iran furent consacrées à la découverte du Nord : de ses montagnes rocheuses et désertiques à ses côtes verdoyantes et sa mer caspienne. Road Trip, trek, spéléo, moments d’intenses bonheurs dans ses montagnes aux ambiances quasi lunaires. Quant à la mer caspienne, grande aimée du Shah, elle a perdu toute sa splendeur depuis la révolution islamique : les baigneurs (interdiction aux femmes de se baigner, mais je n’ai pas dit mon dernier mot, vous verrez par la suite), les bars et restaurants, l’ambiance festive et détendue a disparu... La police des moeurs a pris la place (rencontre avec l’un de ses membre justement sur la plage).
Mes rencontres iraniennes ne m’ont que confirmer mes 1ères impressions lors de notre venue avec Beryl en avril : peuple d’une hospitalité remarquable, individus un brin mélancoliques souvent perdus dans leurs pensées et ayant soif d’échanges et de libertés. Résultat : des rencontres riches en discussions et remplies d’émotions...
Je vous raconte.
Après un passage de frontière plutôt calme (je m’attendais à pire), je suis arrivée à Tabriz, grande ville de l’Ouest de l’Iran, région peuplée de turcs qui a pendant longtemps cherché son indépendance. Je ne suis pas encore en Iran, les faciès sont différents... Le raffinement, la retenue et l’accueil de la grande perse fort agréables pour le touriste n est pas au rendez-vous, l’ambiance est plus exubérante, le regard des hommes plus lourd. 1ère journée un peu difficile, il faut que je m’habitue à ce nouvel environnement et ma nouvelle tenue : foulard et longue tunique obligatoires. Heureusement le soir me voilà accueillie par Ingrid, femme d’un peu plus de 60 ans, allemande s’étant mariée en Allemagne avec un Iranien il y a maintenant plus de 40 ans. Ingrid est une femme chaleureuse et aimante et qui malgré les difficultés rencontrées conserve une joie de vivre et une envie d’échanger intactes. A 40 ans, après plus de 10 ans en Allemagne,son mari a émis le souhait de retourner en Iran. Elle l’a suivi, a obtenu la nationalité iranienne et tout ce qui va avec, sur sa carte d’identité, c’est marqué musulmane alors qu’Ingrid est chrétienne. Avant la révolution islamique de 79, l’Iran est un pays plutôt moderne et entretenant de bonnes relations avec l’Europe (trop bonnes pour certaines, les anglais ayant spolié toutes leurs richesses, à savoir le pétrole). Son intégration se passe plutôt bien, même si à Tabriz les étrangers se font rares,quelques petites soeurs des pauvres s’occupant d’un centre pour les lépreux. Sa maîtrise de la langue, le farsi, lui permet de trouver du travail,en tant qu’interprète et assistante de direction. Puis la révolution est arrivée, port du voile et tenue stricte obligatoires pour toutes les femmes, suspicion envers tous les étrangers. Ingrid finit par se faire renvoyer de son poste pour risque d’ espionnage. Tant pis, elle décide d’en profiter pour prendre du temps pour élever ses 2 garçons et continue de donner des cours privés d’allemand. Ce qu’elle aime chez les Iraniens : leur solidarité familiale et amicale, ce qu’elle aime moins : leur permanente suspicion envers l’inconnu. Mais je ne l’ai jamais entendue avoir un discours vraiment négatif à l’égard de l’Iran (meme en la poussant un peu), si ce n’est le gouvernement dont au final, elle préfère ne guère se préoccuper prétextant de toutes manières que les informations sont faussées. Elle vit heureuse dans sa maison qu’elle ne quitte guère ; Son mari travaille beaucoup, trop selon elle, encore aujourd’hui à 73 ans, il travaille pour l’Etat et est chargé de faire en sorte de fabriquer les produits manquants en Iran. Elle est en permanence connectée à Internet, son monde à elle. Personnage joviale, bavard, elle s’est construite son petit nid douillet dans sa maison à tabriz et retourne plusieurs mois par an en Allemagne goûter aux joies de la liberté. Ingrid est un modèle d’intégration.
J’ai ensuite retrouvé Haadi à Zanjan, petite ville traditionnelle de l’Ouest, tchador omniprésent, je fais définitivement tâche, mais j’aime ça ! 1ère rencontre avec la police ( gros mensonge de Haadi prétextant être mon guide) et 1ères rencontres avec les montagnes arides de l’ouest et ses villages en pisé, juste grandioses.. Visite d’un site zoroastrien (religion de la perse avant l’invasion arabe), perdu au milieu des montagnes datant de 1500 ans... Magique ! Haadi est un personnage d’une bonté et d’un respect incroyables. J’ai cru à sa naïveté au début, mais c’était faire erreur. C’est plutôt de la mesure et réserve, par politesse, par peur de heurter peut-être... Il s’est donc dévoilé petit à petit. Il a tout à fait conscience de la situation de son pays et en est désolé, mais a décidé de tenter à sa manière de faire évoluer les choses, bien sûr sans violence. Il est entraîneur d’escalade et prend un soin particulier à enseigner à ses élèves les valeurs de respect, d’échanges, et d’humanité. Aimant les leçons de choses (ses amis ont eu le droit à un discours sur l’échange avec l’étranger lors de mon séjour) et toujours prêt à donner des conseils, tout le monde le surnomme Mr le professeur. Une sorte de sage dont la mission serait d’aider son prochain. Et ça marche... Il est profondément religieux et vit sa foie très sainement et sereinement. Il ne veut pas quitter son pays dont il est certainement le meilleur ambassadeur, mais rester pour l’aider, peut-être en s’engageant politiquement. Il a fait en sorte que mon séjour soit parfait et il l’a été– j’ai même fait de la spéléo.. sisisi (c’est moi sur l’échelle). Souvenirs incroyables. J’ai aimé son attention, sa sagesse, son calme.
Triste de quitter Haadi et Zanjan, me voilà consolée par l’accueil de Mohammad et sa famille à Qazvin, ville historique ayant elle aussi été capitale de la Perse et donc cachant quelques joyaux architecturaux. La famille de Mohammad, encore une tragédie familiale que ces dictatures savent si bien construire ! Son père a été tué en 81 pendant la guerre Iran-Irak, il avait alors 2 ans, le corps ne fut jamais récupéré. Sa mère s’est remariée quelque années plus tard et a eu 2 autres enfants, Shima et Sharon. Son mari l’a quittée, comme souvent lors d’un deuxième mariage, une femme veuve ou divorcée est si peu considérée en Iran. Elle ne peut travailler, des problèmes de santé. Mohammad a fait des études d’architecture, il a monté une boîte avec un Irakien (belle histoire, après avoir perdu son père pendant la guère iran-irak)et construit des maisons pour les riches à Qazvin avec de jeunes ouvriers afghans (très jeunes( :-(). Il joue le rôle de soutien de famille, de père, de grand frère... Il veut quitter son pays, n’en peux plus. Il s’est sacrifié pour sa famille, il est temps pour lui de penser à lui. Son père étant mort pour le pays, il a du aimer son pays pour exister. Mais il est maintenant en train de se construire et a compris qu’il n’avait pas d’avenir en Iran, ou du moins pas celui espéré, que ce soit d’un point de vue privé ou professionnel : il rêve d’avant gardisme quand les quelques grand architectes iraniens parlent classicisme. Il rêve du Japon et des Etats-Unis. Malin, c’est mr réseau.. Il profite de séminaires sur l’architecture et demande des visas à l’international. Il a pu ainsi se balader un peu en Europe et en Asie et rencontrer un certain nombres d’architectes. Son plan : réunir le plus d’argent possible, partir sur les routes du monde, tenter de rencontrer des architectes et de bosser dans des petits cabinets afin d’apprendre son métier pour peut-être finir par s’installer à Dubai afin d’y monter sa boite. J’ai aimé sa force et son courage, sa sociabilité, son côté passionné et son sourire. Beaucoup d’échanges avec Mohammad qui porte en lui une porfonde tristesse, mais est plein d’espoir pour la suite. Il m’a promis que l’on boirait une bière ensemble à Paris (je me suis beaucoup moquee de leur biere sans alcool). Je le crois !
Je suis émue en écrivant ces lignes, ces 1ères rencontres ont été inoubliables, des retrouvailles par la suite tout autant réussies.




























